Incendie majeur à Arlon

Publié le 11 mars 2026 à 17:01

Le 11 mai 1785, à 9 heures du matin, un incendie se déclare au Couvent des Carmes à Arlon, le feu ne peut être contenu et très vite se propage à l'entièreté de l'Arlon aux allures médiévales. Cet incendie marque un tournant dans l'histoire de la ville et bouleversera la vie de ses habitants dont un certain Innocent Georges, témoin visuel de ce drame majeur.

Innocent Georges naquit le 16 janvier 1748 à Viville, village en périphérie d'Arlon. Il est le fils de Jean Amand Georges (1722-1799) et de Marguerite Fonck (ca.1716-1779) et petit-fils de Jean Nicolas Georges et Madeleine Nicolai. Il se marie le 11 juillet 1774 à Marie Allarding (1749-1814) en l'église de Hachy, de ce mariage naîtront six enfants dont quelques-uns migreront plus tard aux États-Unis. De lui nous ne savons rien de plus mais sa présence lors de l'incendie d'Arlon de 1785, qui fut documenté par plusieurs historiens, nous donne quelques informations complémentaires par rapport à sa vie.

Comme beaucoup à cette époque, Innocent est cultivateur mais exerce aussi le métier de tailleur d'habits, personne qui fabrique les vêtements. Il se hisse vite au rang de maître des tailleurs de la ville d'Arlon. A cette époque, dans les provinces belges des Pays-Bas autrichiens, ce système médiéval des corporations de métiers est encore d'application. Ces corporations rassemblent les artisans d'une même profession et détiennent le monopole de la fabrication et de la vente dans les villes. Pour exercer un métier, l'affiliation à l'une des corporation est obligatoire. Ces organisations fixent les réglementations en matière de fabrication, de prix, de salaires et contrôlent la qualité des produits. Celles-ci sont régies par les maîtres, au sommet de la hiérarchie, lesquels possèdent les ateliers, les outils et le capital. Ils sont les seuls habilités à diriger la production et la vente. Ce système exerce une pression politique considérable dans les villes, les maîtres siégeant souvent dans les gouvernements des grandes villes. Ce pouvoir faisant peur à la monarchie, l'empereur Joseph II décide de réformer ce système en 1780 et le rendre moins influant. Les corporations seront finalement abolies plus tard sous le régime français.

Le mercredi 11 du mois de mai 1785, vers les 9 heures du matin, la ville n'est déjà plus endormie et c'est alors qu'un incendie se déclare dans le Couvent des Carmes situé au pied de la butte de Saint-Donat, à l'emplacement de l'actuel hôtel de ville. La sonnette d'alarme est alors vite sonnée mais le feu devient vite incontrôlable, attisé par les vents forts. Les habitants se relaient pour éteindre les flammes, aucun service d'incendie n'existant à cette époque dans la ville. On peut imaginer qu'Innocent, habitant à Fouches était sûrement en route pour administrer sa boutique dans le centre de la ville à ce moment-là. Le feu devient incontrôlable et touche le reste de la ville. A cette époque, les maisons d'Arlon sont couvertes de bardeaux de bois, ce qui favorise la propagation du feu. Vers 14 heures, la ville est presque entièrement détruite et seul reste les décombres fumants. Quelques maisons du quartier de Saint-Donat sont toujours débout et une partie du couvent des Carmes (dont ne subsiste aujourd'hui que la porte d'entrée en photo plus haut) a été épargné. Rien de ce qui a été la proie des flammes n'a pu être épargné et la boutique d'Innocent n'est plus. Au total, 243 maisons sont détruites et près de 2000 arlonnais doivent être relogés. Par chance, Innocent n'habitant pas la ville, il n'a perdu que sa boutique. Des habitants de tous les villages voisins seront venus afin d'aider à l'extinction de l'incendie, on peut donc imaginer que plusieurs autres descendants de la famille Georges ont dû venir aider mais nous ne connaissons pas les noms de ces héros.

La ville sera ensuite reconstruite et de ce drame naîtront des rues plus rectilignes comme la rue des Faubourgs. Désormais, lorsque vous vous promènerez dans les rues du centre-ville d'Arlon, vous saurez pourquoi aucune bâtisse n'a de millésime antérieur à l'année 1785.

Innocent s'éteint le 30 janvier 1839, à son domicile à Fouches, âgé de 91 ans. Seul subsiste aujourd'hui que sa signature comme trace de sa vie. A noter qu'il signe son nom "Gorg", preuve que les noms de famille, lorsque transmis de manière orale ou manuscrite ont souvent été mal orthographiés.