Le 16 avril 1917, un navire cargo, le Sagrès, sous pavillon portugais, transportant du matériel et des soldats français en provenance de Grèce, explose et coule en mer Méditerranée. Ce navire transportait un descendant de la famille Georges de Hachy, Léon François Hentges, porté disparu lors du naufrage et déclaré mort pour la France.
Léon François Hentges naquit le 19 décembre 1888 à Villerupt, dans le département de Meurthe-et-Moselle, en France. Il est le fils de Jean Hentges (1855-1925) et de Anne-Marie Krier (1860-ca.1940), cette dernière étant également originaire de Villerupt mais descendante de la famille Georges par sa grand-mère paternelle. Le 26 mai 1910, Léon est condamné à 4 mois de prison avec sursis pour coup et blessures par la cour d'appel de Nancy. Nous n'en savons pas plus sur cet évènement mais en 1911, Léon est recensé avec sa famille, il est alors domicilié au 12, rue Gros Chêne à Villerupt et travaille à la gare de Villerupt-Micheville en tant qu'ajusteur mécanicien.
Le 10 octobre 1911, Léon est incorporé au sein du 61e régiment d'artillerie de campagne pour passer son service militaire en tant que 2e canonnier servant et ouvrier mécanicien. Il est alors signalé comme étant blond, avec des yeux bleus, une taille d'1m68 et une cicatrice à la tempe gauche.
En août 1914, l'ordre de mobilisation générale est donné en France et Léon n'y échappe pas. Il est incorporé dans le même régiment avec lequel il a fait ses classes. Les canons du régiments sont utilisés à bon escient et infligent des pertes considérables à l'ennemi dans la région de Sedan puis lors de la bataille des frontières en Meurthe-et-Moselle mais sont vite submergés par la rapidité de l'ennemi. Le 61e régiment d'artillerie de campagne (RAC) est redéployé ensuite sur le front de la Marne puis l'Yser où là encore, ses canons sont redoutés dans les lignes ennemies comme le dit le commandant Labrousse-Fonbelle.
A partir du 24 mars 1915, Léon est transféré dans le 25e régiment d'artillerie et part pour l'expédition de Salonique, en Macédoine, surnommé le front d'Orient. Là-bas, il se bat contre des troupes austro-hongroises et ottomanes jusqu'au 1er avril 1917 où Léon passe dans le 242e régiment d'artillerie. Quelques jours plus tard, Léon embarque dans un navire cargo appelé le "Sagrès".
Le Sagrès est un cargo vapeur de 2900 tonnes d'origine allemande inauguré en 1911. Lors d'une escale en 1916 au Portugal, alors pays neutre, le navire est saisi par les autorités portugaises et celui-ci servira au Transportes Maritimos do Estado. En avril 1916, celui-ci est affrété pour le rapatriement de matériel et de soldats français vers la France. Le 16 avril, alors que le navire se trouve au large du Cap Blanc, en actuelle Tunisie, celui-ci heurte une mine sous-marine et explose. La marine française pensera longtemps qu'il fut torpillé par un U-Boot allemand mais il n'en est rien.
Le Lendemain, quatre navires français (la Friponne, la Surveillante, la Sagaie et la Diligente) se lancent à la rescousse de potentiels survivants. Voici le compte-rendu de la recherche de naufragés du Sagres par le commandant de la Friponne :
17 avril.
12h10 - La Préfecture maritime me communique le message téléphonique suivant : " B.R. Bône à B.R. Bizerte. – Faire appareiller la Friponne et Surveillante pour rechercher naufragés du Sagres. Ordre de l’Éros.
12h30 - Appareillé. Le seul renseignement que je puisse avoir du B.R. est : " Le Sagres a été coulé vers 20 h. le 16, dans le Nord du Cap Blanc. Un canot de naufragés a pu atterrir à Porto-Farina. D’autres embarcations manquent.
12h55 - Bizerte à Bts Sce n° 6.303 : " Suivant derniers renseignements Sagres torpillé le 16 à 22 h. environ 22 milles Nord du Cap Blanc.
13h00 - Je fais route pour rallier le lieu du torpillage. Mon intention est de faire route ensuite vent arrière vers l’Est.
Sont dehors :
― Au Sud de Cani : la Sagaie ;
― Au Nord de Cani : la Diligente ;
― Faisant route sur le Cap Bon : la Surveillante.
La Sagaie, la Diligente et la Surveillante signalent bientôt des épaves du côté du Cap Bon, mais aucune embarcation, à ma connaissance, n’est retrouvée.
A la nuit, je fais route sur Bizerte pour y déposer des permissionnaires, puis je rallie Bône.
Léon Hentges sera porté disparu et déclaré mort pour la France, âgé de seulement 28 ans. Son corps ne sera jamais retrouvé, reposant pour l'éternité au large de terres dont il n'avait sans doute jamais entendu parler, loin de sa terre natale. Son nom sera ensuite repris sur le monument au morts de Villerupt en 1922.
Au moins 43 personnes perdirent la vie lors de ce naufrage, nous ne savons rien des rescapés.
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